
Ceci est un « petit » billet que je devais écrire depuis bien longtemps. Pour la petite histoire, je voulais l’écrire en commun avec Gamera qui m’avait filé un premier jet. Mais on a été foutu de le perdre. Tous les deux. Finalement, on a inversé les rôles, c’est lui qui a fait la relecture (et réécrit quelques passages)…

Je suis fan de Yuasa Masaaki, en grande partie parce qu’indépendamment de la qualité d’une œuvre, j’aime particulièrement qu’elle me surprenne. Et Yuasa Masaaki ne cesse de le faire. La première chose qui frappe, c’est l’aspect graphique. On pense d’abord : « put*@#, c’est moche ! ». On se retrouve souvent avec un mélange étrange de couleurs ternes avec quelques petites zones fluo. Le chara-design est au premier abord à faire peur, lui aussi, et semble parfois trop simple. Visuellement, on se prend une claque, et pas vraiment dans le bon sens du terme. L’animal est d’ailleurs un habitué de « Shin-chan » puisqu’il est animateur clé sur la moitié des films. C’est pourtant cette simplicité qui permet aux anime de Yuasa de dévoiler l’une de leurs plus grande force : l’animation. Avec ce graphisme atypique, le réalisateur se permet des libertés affolantes dans ce domaine. Pour référence, imaginez la fameuse scène de combat de l’épisode 7 de « Tetsuwan Birdy: Decode 2″ en continu. J’exagère, parce que, quand même, ça ne bouge pas tout le temps, mais ça reste assez impressionnant.
Un autre point sur lequel Yuasa me surprend, ce sont les histoires de ses anime. Encore une fois, on sort des carcans actuels de la japanimation, qu’il fasse des adaptations comme « The Tatami Galaxy » ou des œuvres originales comme « Kaiba ». Soit les sujets sont rarement exploités, soit il les traite d’une façon inédite.
Bien sûr, tout cela n’est pas que le fait de Yuasa. Par exemple, le chara-design de ses séries est assuré par Ito Nobutaka qui l’accompagne sur la plupart de ses réalisations, au moins en tant qu’animateur clé (notons qu’il est aussi l’un des 11 animateurs clé de « Dinagi- »… euh, de l’opening de « Dinagiga« ). Cela n’empêche que même sans lui, les anime de Yuasa gardent souvent un graphisme inhabituel et assez reconnaissable.
Nishi est un loser : voulant devenir mangaka depuis qu’il est tout petit, il n’est en fait qu’un NEET célibataire, vivotant de ci, de là. Un soir, il rencontre par hasard Myon, une amie d’enfance dont il a toujours été amoureux, en train de fuir un yakuza. Invité par celle-ci dans le restaurant familial, elle lui présentera son fiancé (augmentant ainsi le coté loser de Nishi, qui n’a jamais avoué ses sentiments à Myon). Malheureusement, les yakuzas retrouvent Myon, et tuent Nishi de la plus humiliante des manières, alors même que celui-ci était sur le point de se révolter face à la vie. Il se retrouve ainsi devant Dieu, une créature étrange qui cruellement lui rappelle à quel point son existence fut vide et dénuée d’intérêt. Tout ça pour lui annoncer purement et simplement de prendre un chemin où son âme sera détruite. Tout va alors changer pour Nishi, qui décide contre toute attente de prendre le chemin opposé, qui va le ramener un instant avant sa mort, lui donnant ainsi une seconde chance…
À partir de là, beaucoup se contenteraient d’appliquer la formule habituelle qui est de jouer sur les sentiments des spectateurs, de décrire ceux des personnages et de s’attirer notre empathie. Yuasa va reléguer cet aspect au second plan pour se concentrer sur le deuxième élément du triplet impression/sensation/sentiment (souvenez-vous de vos cours de français du collège). Vous avez sûrement déjà vu des vidéos de montagnes russes ou de sport extrême en vue à la première personne. Le principe est le même. Il va exploiter à fond l’image, l’animation et le son pour nous prendre par les tripes. En cela, Mind Game n’est pas un film particulièrement intellectuel. Et sur ce point-là, je dirais même qu’il est primaire.
Alors certes, il y a des scènes qu’on pourra trouver exagérées, comme celles faites complètement sous acides. C’est peut-être le seul reproche que j’aurais à faire. J’ai préféré les prendre comme de simples scènes d’euphorie qui m’ont rappelé Astérix et Cléopâtre. Elles sont de toute façon par la suite éclipsée par une séquence bien plus mémorable sur la fin : leur accouchement… Laissez-moi vous spoiler jusqu’à la fin de ce paragraphe. La résurrection de Nishi n’a pas lieu juste après sa rencontre avec Dieu. Sa fuite en course-poursuite des yakuza s’achève avec une baleine qui les avale Myon, sa sœur et lui, tout comme dans Pinocchio, dont le côté rédemption/renaissance est souvent oublié (et pour l’image : plein de voitures qui font la course, une seule, la meilleure, qui rentre dans un « corps » bien plus gros… je vous laisse comprendre). L’intérieur de la baleine est le passage le plus intéressant du film, et aussi le plus long : pendant un peu moins d’une heure, on est retournés par ces personnages qui murissent, qui retrouvent goût à la vie. Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus d’autre choix que de fuir le ventre du gigantesque cétacé, d’en naître… Et cette naissance dure 7 minutes à la fin desquelles les personnages finissent trempés et nus comme des vers, mais vivants. 7 longues minutes pendant lesquelles j’ai été tout simplement époustouflé, cloué sur place par la hargne et la persévérance qui en transpiraient, le tout avec une des animations les plus dynamiques qu’il m’ait été donné de voir (merci à l’animateur en chef, Morimoto Kôji).
Mind Game, c’est donc ça : un film à sensations, au sens noble du terme. Il ne nous montre pas des personnages « vivre » mais nous fait expérimenter ça directement. Si vous n’avez pas d’allergies aux graphismes difformes et aux angles de vue excentriques, ce film a de très grandes chances de vous plaire, vous pouvez foncer dessus.
Petite note : le film sera diffusé pour les Parisiens le mardi 14 décembre à 19h30 à la MCJP (demain au moment où j’écris). Ceux qui ne pourront pas le voir, vous pourrez toujours vous rabattre sur le DVD, sorti chez Potemkine. D’ailleurs :





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