[Noël 2011] Ils sont marqués, ils sont trois, ils sont Tokyoïtes
Publié par Yuki dans Anime, tags: John Ford, John Wayne, Le fils du désert, Marked Men, Noël, Satoshi Kon, Three Godfathers, Tokyo Godfathers, westernDeuxième billet de Noël de ma part (je précise vu que la tortue en fait aussi sur ce blog), cette fois non pas sur de l’anime débile mais sur du sérieux, du Satoshi Kon, j’ai nommé Tôkyô Godfathers. Ce qui est le film d’animation japonais de Noël par excellence sera donc le sujet de ce billet. Mais pas que. En fait, j’ai mis la main il y a quelques temps sur un film dans la vidéothèque familiale, un long métrage par un certain John Ford, avec pour acteur principal, un mec aussi peu connu du nom de John Wayne… Bon, OK, je déconne, c’est un film avec deux des plus grands noms du cinéma hollywoodien que ce soit à leur époque ou encore maintenant. Son titre ? En français, c’est Le fils du désert, et vous le remarquerez, il n’a rien à voir à voir avec l’original : Three Godfathers. Difficile alors de ne pas faire de parallèle entre les deux films et pour cause puisque celui de Satoshi Kon est une adaptation très libre de l’autre.

Et quand je dis libre, c’en est au point où on peut parfois se demander comment Kon a pu revendiquer la filiation de son œuvre à celle de Ford. Exposons déjà les scenarii de chaque. Tout d’abord, l’original : Le fils du désert est l’histoire de trois bandits qui après avoir cambriolé une banque ont fui dans le désert. La chasse à l’homme commanditée par le shérif les mène à une diligence perdue à un point d’eau tari. Une femme abandonnée par son mari y est sur le point d’accoucher. Les trois compères (enfin, surtout un) aident à la mise au monde de l’enfant et la mère, déjà passablement affaiblie, trépasse après avoir confié le nouveau-né à ses trois parrains. Ces derniers entreprennent alors un voyage vers la Nouvelle Jérusalem afin de sauver l’enfant (et leur peau car n’oublions pas qu’ils sont recherchés).
L’adaptation est plus connue des lecteurs de ce blog : trois clochards que peu de choses rassemblent, si ce n’est leur état d’habitant des rues, trouvent en fouillant les poubelles une petite fille née depuis peu. Ils décident de retrouver la mère eux-mêmes parce que refiler le bambin aux flics empêcherait l’un d’eux de filer un pain dans la gueule de la mère si elle venait à donner une mauvaise raison à l’abandon de son rejeton. S’ensuit une odyssée dans les rues de Tôkyô avec au menu courses-poursuites, règlements de comptes, disputes, réconciliations, retrouvailles et flashbacks sur l’ancienne vie des trois SDF.
C’est l’évidence même : rien qu’aux synopsis, ces deux films sont TRÈS différents. Au niveau de l’histoire, on en sait beaucoup moins sur les personnages dans la version western mais leur relation avec l’enfant est bien plus développée. Toujours dans cette même version : tout est bourré de références bibliques relatives à la naissance de Jésus. Je vous rassure, ces références sont explicites, les personnages passant une partie de leur temps à lire une bible qu’ils ont trouvée dans la diligence abandonnée.
De son côté, Tôkyô Godfathers ne fait quasiment aucune allusion à un quelconque écrit chrétien. Tout juste verrez-vous les nombres 12 et 25 accolés l’un à l’aitre un peu partout pendant quelques dizaines de minutes. Mais rien de bien religieux là-dedans. Là où le film de Ford se rapproche d’un conte, celui de Kon n’est rien de plus qu’un divertissement.
Mais quel divertissement ! Jamais on ne s’ennuie. Il n’y a pas une seule longueur. Tout s’enchaîne à la vitesse grand V sans pour autant perdre le spectateur. Le réalisateur japonais dont la spécialité est justement de rendre son public confus, à ne pas distinguer rêve et réalité, nous offre un film ouvert à tous ou presque. Et oui, presque, car autant Three Godfathers nous montre peu de moments choquant, voire même aucun, Tôkyô Godfathers, même en étant une œuvre d’un grand optimisme, ne nous épargne pas des scène de violence morale ou physique. Il n’en demeure pas moins un film familial au même titre que Le père Noël est une ordure. À ce propos, c’est à se demander si Kon n’est pas allé un peu piocher dans cette histoire pour nous pondre sa belle brochette de clodos, parce qu’entre le paumé de service et le travesti, on n’en est pas loin…
Autre point de comparaison : je disais que les parrains de Tôkyô enchaînaient leurs aventure sans relâche. Ceux des terres arides américaines au contraire s’offrent un rythme plus posé, au point qu’on a l’impression de revivre la traversée du désert de Moïse. On prend le temps de souffrir avec les trois brigands. Ce tempo plus lent n’est pas un mal car malgré ça, on ne s’ennuie pas un instant, John Ford ayant fait montre de son talent habituel pour nous capter. Il en est d’ailleurs de même pour Satoshi Kon dont l’habileté des transitions se ressent alors même qu’elles sont bien moins originales que pour ses quatre autres réalisations.
Vous l’aurez compris, j’aime ces deux films. Ils n’ouvrent pas les yeux sur quoi que ce soit, ils ne transmettent pas de message, ils ne sont pas les chefs-d’œuvres de leur réalisateur respectif. Ils sont tout simplement d’excellents divertissements à regarder un soir de Noël… ou même n’importe quel soir ! Je n’ai regardé qu’un seule fois Three Godfathers, mais concernant Tôkyô Godfathers, ça fait plusieurs fois que ses 90 minutes passent devant mes mirettes éblouies, et je ne m’en lasse pas. J’ai d’ailleurs une préférence pour ce dernier, pas en tant que spectateur majoritairement d’anime, mais parce que l’ambiance y est moins enfantine et plaira donc à un public plus âgé. Il n’en reste pas moins que Three Godfathers fut un grand plaisir à regarder et j’en garderai un très bon souvenir.
À noter que celui-ci est un remake. Non, je ne parle pas de la bible, là, c’en est une adaptation très partielle. À l’origine de Three Godfathers, il y a , ou Les hommes marqués, un film d’un grand réalisateur hollywoodien qui n’est autre que… John Ford lui-même ! Malheureusement, le film est considéré actuellement comme perdu. Je n’en connais pas les raisons : la dégradation des bobines, la présence de ces dernières dans l’incendie de 1937 de la Fox (qui a alors perdu tous ses films d’avant 1935), le vol, etc. L’une d’entre elles fait que ce court métrage de cinquante minutes nous est à ce jour inaccessible et le restera très probablement, au grand regret des cinéphiles.





Bulletins (RSS)